22 mars 2017 : « Je n’ai pas peur d’elle, c’est elle qui a peur de moi ». « Elle », c’est la présidente du Front national.

24 avril 2015 : « Arrêtez l’hypocrisie, on sera riche ensemble ou on va se noyer tous ensemble. » 800 migrants venaient de périr en Méditerranée, dans le naufrage de leur embarcation tentant de rallier l’île italienne de Lampedusa depuis les côtes libyennes.

On connaît les déclarations chocs de Fatou Diome à la télévision. L’écrivaine et professeur de lettres franco-sénégalaise puise la franchise de sa parole dans la rudesse de son histoire personnelle, se forgeant une force de caractère aujourd’hui reconnue et appréciée par ses nombreux lecteurs et les internautes.

Née sur la petite île de Niodior au Sénégal, Fatou Diome se passionne très tôt pour les études et la littérature française, s’affranchissant des traditions qui confinent les jeunes filles aux tâches ménagères. Quittant son village natal, elle va de petits boulots en petits boulots pour financer ses études, y compris universitaires à Dakar.

Fatou Diome arrive en France en 1994 mais se trouve rapidement abandonnée aux conditions précaires de femme immigrée sur le territoire français, obligée de faire des ménages pour subsidier à ses besoins et financer des études de lettres à Strasbourg.

Elle réussira néanmoins son DEA avant d’entamer une thèse (« Le voyage, les échanges et la formation dans l’œuvre littéraire et cinématographique de Sembène Ousmane »). Elle occupera par la suite un poste d’enseignement à l’Université Marc-Bloch de Strasbourg et à l’Institut supérieur de pédagogie de Karlsruhe.

Parallèlement, elle mène une vie d’écrivaine. Elle est l’auteure d’un recueil de nouvelles, « La Préférence nationale » (2001), ainsi que de plusieurs romans : « Le Ventre de l’Atlantique » (2003), « Kétala » (2006), « Inassouvies nos vies » (2008), « Celles qui attendent » (2010), « Mauve » (2010) et « Impossible de grandir »(2013). En 2017, elle publie dans la collection Café Voltaire de Flammarion « Marianne porte plainte ».

Fatou Diome revendique la part africaine de la France et de l’Europe, s’érige contre les intolérants, salue le rôle de l’école (« à laquelle je dois tout ») et les valeurs républicaines, qu’elle défend avec verve et vigilance par la parole et l’écrit.

« En digne héritière de Senghor et de Césaire, elle s’empare de la  »langue de Molière » avec une aisance admirable pour porter la charge contre les ignorants qui feraient bien de s’instruire de l’Histoire de France, de celle de l’Afrique et de tous les autres pays. Ils se rendraient compte alors à quel point la culture française est riche et multipolaire. » (Blog de Gervaise Thirion).

Intellectuelle avec de fortes convictions chevillées au corps, Fatou Diome revendique sa liberté de parole pour transmettre ses valeurs et convaincre son auditoire, dans ses livres comme dans ses interviews.

« Les artistes n’ont peut-être pas de pouvoir mais ils sont fondés à rêver un autre monde possible. Ils ont surtout le devoir de dire qu’une vie vaut une vie. C’est peut-être enfoncer des portes ouvertes mais il y a encore des gens qui ont besoin de l’entendre. Tant qu’ils resteront sourds, nous le répéterons : une vie vaut une vie. Quelles que soient les ressources, les possessions, les carences, la pauvreté, ou la pigmentation de la peau. On ne peut pas trier les étrangers utiles et les étrangers néfastes. » (Interview de Fatou Diome dans Humanité Dimanche, 7 août 2015).