Paul GILROY

Revoir la conférence d’Érik Orsenna et Paul Gilroy donnée lors de la Rentrée académique

 

Sociologue anglais né d’une mère caribéenne et d’un père anglais d’origine allemande et ayant vécu sa jeunesse dans un quartier populaire à forte population immigrée de Londres, Paul Gilroy incarne l’hybridation culturelle qui est au cœur d’ouvrages qui ont fait de lui une des principales figures des études postcoloniales dans le monde intellectuel anglo-saxon.

Élève de Stuart Hall, formé au Centre for Contemporary Cultural Studies de l’Université de Birmingham au seuil des années 1980, Paul Gilroy est aujourd’hui professeur de littératures anglaise et américaine au King’s College de Londres, après avoir été professeur de théorie sociale à la London School of Economics (2005-2012) et professeur de sociologie et d’études afro-américaines à l’Université de Yale (1999-2005).

Paul Gilroy est l’auteur de nombreux ouvrages, dont There Ain’t No Black in the Union Jack : The Cultural Politics of Race and Nation (1987), The Black Atlantic : Modernity and Double Consciousness (1993), Against Race : Imagining Political Culture Beyond the Color Line (2000) ou After Empire: Melancholia or Convivial Culture ? (2004). Il a marqué de sa présence les principaux débats de ces dernières années sur la culture, le racisme et l’antiracisme, principalement dans le monde anglo-saxon. Ses essais ont contribué à renouveler l’étude des diasporas africaines, des formes culturelles hybrides nées de l’esclavage et de la condition postcoloniale.

Publié en 1993 et traduit en français une dizaine d’années plus tard, The Black Atlantic, l’essai le plus influent de Paul Gilroy, porte un coup fatal aux idées dominantes sur lesquelles se fondent l’Occident, notamment l’essentialisme identitaire. Envisageant plutôt « l’Atlantique noir » comme un espace de construction culturelle transnational, Paul Gilroy renouvelle profondément les Cultural Studies de l’époque en définissant l’océan qui sépare l’Europe des Amériques comme un territoire d’échanges, de liens, de mobilité où se construisent et se déconstruisent sans cesse, entre enracinement et cheminement (« roots and routes »), des identités culturelles hybrides ainsi que les formes de contre-cultures constitutives de la modernité.

L’un des signes de cette « modernité » est, pour lui, l’influence déterminante des cultures noires dans la culture populaire occidentale, thème qu’il aborde notamment à travers la musique et, en particulier, le jazz, la soul music voire certaines formes de rap. Pour lui, la musique joue un rôle fondateur dans l’expérience sociale et l’expression culturelle noires, et certaines de ses formes lui apparaissent comme des révélateurs des prouesses d’hybridation qui ont émergé au sein de cet « Atlantique noir ».

Toujours pertinente dans un monde occidental où les résurgences du nationalisme s’opposent au multiculturalisme, l’œuvre de Paul Gilroy explore l’inconscient culturel de la civilisation occidentale contemporaine et les formes imprévisibles de métissage auxquelles la violence coloniale a donné lieu.

Les idées de ce penseur original et influent mériteraient une plus grande audience en Europe continentale alors que les débats sur les identités, la diversité et le métissage des cultures, autant de thèmes au cœur de son travail, divisent nos sociétés.

Quelques références utilisées pour la rédaction de cette notice