Discours du représentant du personnel scientifique

Discours prononcé par Christophe Breuer, représentant du personnel scientifique de l’Université de Liège

Repenser notre modèle de société, c’est d’abord admettre qu’on ne l’a pas assez fait. Repenser notre modèle de société, c’est convenir qu’il faut en changer.
 Repenser notre modèle de société, c’est enfin se mettre en mouvement.

Selon vos sources d’inspirations, de Psychologie Magazine aux meilleures revues scientifiques en sociologie, vous savez que le changement obéit à un schéma, suit des règles bien définies, s’articule en phases qui, si elles sont rondement menées, aboutissent à « autre chose ».

La première de ces phases, c’est le dégel.
 On se rend compte que le monde ne tourne plus rond, que le contexte a changé, qu’on est au pied du mur. On s’en veut de ne pas l’avoir vu venir ! On cul-pa-bi-li-se !

Chez certains, c’est le choc.

Tout d’un coup, ce qui constituait notre quotidien, notre petit train train, n’a plus de lendemain. Après le choc, le déni.
 On refuse de comprendre. « Ça ira mieux demain,
la situation n’est pas si grave que cela, je gère !
Je gè-re ! »

Joule et Beauvois diraient que c’est le piège abscons ! On persévère, parce qu’on a beaucoup investi, même si le coût devient exorbitant,
même si on ne peut plus rencontrer ses objectifs. Et de rajouter, au détour d’un accès de colère, en marchandant avec soi-même :
 »Si ça ne suffit pas, je bétonnerai le tout !, 
je dresserai des barricades !, et relèverai la hauteur de mes frontières. »

Les psychologues de comptoirs diront très sérieusement que c’est un état de dévastation. Que les relations amour-haine font souffrir,
que les ruptures, c’est toujours difficile,
mais qu’il faut passer à autre chose.

Vient alors le changement. On lutte contre sa propre inertie, on résiste à l’envie de saboter. On transige, ou on ne transige pas.
On fait bouger les lignes. De nouvelles voies se profilent. On se montre humble et digne de sa glorieuse mission. Et on se met en mouvement.

Vient enfin la recristallisation,
lorsque le nouveau modèle est consolidé, et lorsqu’il produit ses effets.

Pour un mieux ? On verra ! Avions-nous le choix ? Pas vraiment !

On voudrait dire le contraire, mais bien sûr l’Université n’est pas le Monde…
 Et le Monde n’est pas l’Université.

Mais le changement,
c’est à toutes les échelles ! Alors du global au local, il n’y a qu’un pas, qu’on franchit avec l’impertinence des grands jours, pour mieux conclure cette tribune,
sur la réussite du changement.

Premièrement, pour fonctionner, le changement a besoin de valeurs et d’une vision. Pas d’un amalgame de règles, pas d’un conglomérat d’anecdotes, pas d’indicateurs désincarnés. Mais un projet mobilisateur qui fasse vibrer, et qui tienne à bout de bras l’engagement et la fierté de participer à l’Institution. Il doit se donner le temps et les moyens de ses ambitions, ne pas œuvrer dans l’urgence et la précarité.

Deuxièmement, le changement n’est durable que
s’il fait tomber les frontières et renforce la confiance. Il doit se composer avec toutes les mains, ne pas oublier au port certains rameurs, cultiver avec pugnacité et constance son caractère inclusif. Et même, lorsque ces dynamiques sont à l’œuvre, résister au repli pour faire le pari de l’intelligence collective.

Troisièmement, le changement doit être l’affaire de tous les jours, se bousculer en permanence, mais s’appuyer sur des structures !

Ah ! les structures ! Le cadre ! L’arène !
On les bâtit parfois avant les rêves.
On y entasse les spectateurs en espérant voir naître les légendes. Mais qu’on ne s’y trompe pas :
pour que le monde, notre société, notre université changent, pour que nous en soyons sortis grandis,
nous devons être plus que des spectateurs effrayés.

Le changement dans cette maison est en marche. Il bouscule. Il effraie.
 Il se joue sous tension. Rarement peut-être avons-nous autant tissé. Nous pensons et repensons, nous contribuons, nous nous sommes ouverts, nous avons besoin de confiance.

Car lorsque l’on parle de repenser notre société, notre meilleur ennemi, c’est nous-mêmes. Mais nous sommes aussi, une partie de la solution.