Discours du représentant du PATO

Discours prononcé par Martine Evraud, représentante du personnel administratif, technique et ouvrier de l’Université de Liège

Mesdames et Messieurs les Ministres, Monsieur le Recteur, Mesdames et Messieurs en vos titres et qualités,

Repenser notre modèle de société : Etre acteur

Repenser notre modèle de société ! Cela signifie que ce modèle n’est pas bon, qu’il n’est pas ou plus adapté, qu’il génère des discriminations, creuse des fossés sociétaux.

Mais, notre modèle de société, dont rares sont ceux d’entre nous qui l’ont délibérément choisi, nous sommes tombés dedans quand nous étions petits. Il fait donc partie de nous, nous le défendons avec la conviction que c’est le choix idéal.

Notre modèle de société, démocratique, doit articuler la nécessité collective et la nécessité individuelle. Cette articulation, parfois difficile – voire souvent – fait de notre société un modèle en perpétuelle métamorphose que l’on doit tenir en équilibre entre les forces qui le tiraillent d’un extrémisme à un autre.

Notre système, en permanence sous la menace de trébucher ou de bégayer, doit être maintenu sur la route du progrès.

Il doit en permanence être repensé pour intégrer et s’adapter aux changements.

Les guerres, la famine, le climat jettent et vont jeter sur les routes des millions d’humains, hommes, femmes, enfants. Notre modèle devra s’adapter, nous devrons mettre en place un accueil parce que notre société est basée sur des valeurs, l’humanisme, la solidarité.

Depuis le début de la crise de 2007, le fossé des inégalités est devenu large et profond, à tel point qu’on peut s’attendre au retour de la lutte des classes, les exclus se multipliant dans tous les domaines que ce soit l’accès à l’enseignement ou aux soins de santé. La solidarité est écartée au profit des individualismes comme tout ce qui n’est pas rentable du seul point de vue qui vaille encore, le point de vue financier.

Le tissu social se désintègre. Ce n’est plus « tous ensemble » que nous agissons, mais chacun pour soi. Les projets à long terme sont désamorcés et quand on dit « Il faut penser à l’avenir », c’est à demain que l’on pense, et rarement plus loin.

Derrière les migrants chassés de chez eux par la guerre viendront des millions de réfugiés climatiques.

L’Europe n’est pas prête. Son modèle de société n’est pas prêt. Ce n’est pas un paradis, c’est un radeau. Et il est urgent de l’aménager.

La question est « Que peut-on faire ? »

Repenser le modèle de la société, d’accord, mais comment ?

Il n’existe pas de solution simple, ni de potion magique, et la pire des illusions serait de croire que des gens compétents s’en occupent, qu’ils vont nous présenter la panacée un de ces jours, qu’il suffit d’attendre et que tout ira bien.

Repenser le modèle de la société, c’est l’affaire de tous et de chacun.

La réflexion ne peut être une chasse gardée, une sorte de privilège. Pour se montrer efficace elle doit devenir l’apanage de tous. Notre université ne doit pas être un microcosme passif de la société, se contentant d’en subir les dérives. Elle doit assumer son rôle d’acteur.

Notre université peut et doit encourager ce que j’appellerai, en faisant le parallèle avec la recherche, la réflexion fondamentale, elle peut et doit alimenter le feu sous une marmite en permanente ébullition intellectuelle afin que chacun devienne, à son tour, un acteur de la société.

Il y a différents moyens d’être acteur. La participation au processus électoral en est un, important. Le droit élargi lors des dernières élections rectorales a permis une participation de tous les acteurs de l’institution, étudiants, personnel académique, personnel scientifique et personnel administratif, technique et ouvrier.

Il est nécessaire de développer encore cette participation. Le processus est amorcé, il doit être finalisé et concrétisé, à tous les niveaux, dans toutes les instances. L’ambition d’élargissement des sources et ressources de réflexion peut être plus grande encore. Par exemple en mettant en place des lieux et des moments d’expression, ouverts à tous, où chacun pourra librement se rendre et s’exprimer. Des lieux et des moments de débats et d’échange qui seront autant « d’incubateurs » pour notre institution, notre ville, notre région, notre société. Des lieux et des moments qui permettront à chacun de se saisir des problèmes de notre société et de son modèle afin d’avancer sur le chemin du progrès. Des lieux et des moments qui feront naître, renaître et entretenir un nécessaire et indispensable sentiment d’appartenance à notre Alma mater et à son projet, construit ensemble.

Une maison que nous construisons ensemble, nous l’entretenons ensemble. Comme les privatisations et les externalisations affaiblissent l’esprit de corps et le sentiment d’appartenance, les règles et les décisions prises démocratiquement et dans le respect de tous renforcent la cohésion et assurent l’équité. Les règles sont indispensables au fonctionnement de l’institution et il est essentiel qu’elles soient appliquées dès leurs mises en place.

Je citerai pour finir le philosophe Gilles Deleuze : « Etre acteur c’est faire de la résistance ». La participation à l’action et à la réflexion des acteurs n’ayant pas le pouvoir ni l’autorité peut être perçue et jugée comme un acte de résistance. L’autorité doit au contraire pouvoir se nourrir de cette résistance en s’adaptant et en évoluant. C’est la base de notre société démocratique. Je vous remercie.