Nancy FraserNancy Fraser

Philosophe et politologue, Nancy Fraser développe dans ses nombreux ouvrages une pensée forte et originale proposant de nouvelles grilles de lecture des enjeux majeurs que traversent nos sociétés, abordant tour à tour les questions de justice sociale, de distribution des richesses économiques, d’espaces publics, d’identités sociales, de reconnaissance et de représentation des groupes sociaux.

Féministe militante et intellectuelle engagée, elle conçoit son travail comme une manière de participer à des mouvements qui contribuent à changer et imaginer une nouvelle société.

Diplômée en philosophie de la City University de New-York, assistante à Stanford et à la Northwestern University, Nancy Fraser est depuis 1995 professeur de philosophie et de sciences politiques à la New School University de New York. Elle est régulièrement invitée dans les universités européennes.

Nancy Fraser porte un regard incontournable sur la modernité et la démocratie. La justice sociale et l’espace public sont au cœur de ses réflexions, déployées dans ses écrits depuis le début des années 90.

Le constat initial de Nancy Fraser est que l’identité collective remplace les intérêts de classe comme lieu de la mobilisation politique, et que l’injustice fondamentale n’est plus l’exploitation, mais la domination culturelle. Toute sa pensée consiste alors à réhabiliter une conception de la justice sociale fondée sur l’enchevêtrement de la redistribution et de la reconnaissance dans l’espace public. L’individu ou le groupe d’individus cherche à être reconnu dans son statut de partenaire à part entière de l’interaction sociale, ce que Fraser appelle la « norme de parité de participation ». La nier, par les effets des injustices économiques et/ou symboliques (culturelles, politiques), c’est empêcher de participer à la vie sociale, c’est une forme de « subordination statutaire ».

Cette analyse s’arrime à une réflexion plus large sur l’espace public moderne où s’expriment et se forment les identités sociales. Pour Fraser, cet espace public – loin d’être une sphère unique – est composé d’une pluralité de publics parallèles qu’elle nomme « contre-publics subalternes », subordonnés mais aussi en contestation par rapport aux publics dominants. Ces « contre-publics » en tant que lieux de revendication et de contestation sont consubstantiels à la politique. Ces luttes – dont elle observe les nouvelles formes contemporaines portant sur l’environnement, le capitalisme,… – structurent chaque époque et n’introduisent pas le chaos dans un ordre stable ; au contraire, elles contestent l’ordre tout en concourant à le produire inlassablement.

Parmi l’abondante bibliographie de Nancy Fraser, on peut mentionner : Fortunes of Feminism : From State-Managed Capitalism to Neoliberal Crisis (2013), Feminism, Capitalism and the Cunning of History (« New Left Review » 56, March-April 2009), Scales of Justice : Reimagining Political Space in a Globalizing World (2008), Redistribution or Recognition ? A Political-Philosophical Exchange (2003), Mapping the Radical Imagination : Between Redistribution and Recognition (2003), Justice Interruptus : Critical Reflections on the « Postsocialist » Condition  (1997), Feminist Contentions : A Philosophical Exchange (1994, co-auteurs Seyla Benhabib, Judith Butler et Drucilla Cornell), Unruly Practices : Power, Discourse and Gender in Contemporary Social Theory (1989).

Ces ouvrages ont fait l’objet de traductions en chinois, japonais, allemand, espagnol, italien, danois, suédois, tchèque,… mais peu en français, jusqu’à : Qu’est-ce que la justice sociale ? Reconnaissance et redistribution. Édition établie par Estelle Ferrarese (Paris, La Découverte, 2005).

Quelques références utilisées pour la rédaction de cette notice