Du 24 au 28 octobre 2017, l’Université de Liège accueillera pour la deuxième fois le festival littéraire international Mixed Zone, organisé  par les départements de Langues et lettres modernes, romanes et anciennes. Fort d’un premier succès en 2012, le comité organisateur du Festival (dirigé par Vera Viehöver, Valérie Bada et Laura Beck) réitère cette expérience qui réunit écrivains de renommée internationale, traducteurs, éditeurs, libraires, enseignants, étudiants/élèves et public amateur. Il entend ainsi faire de Mixed Zone un événement périodique bien ancré dans la vie culturelle de la Cité.

Mixed Zone: Passages joint l’allégorie à la pratique: partenaire de l’ASBL Caranusca pour son projet de résidence fluviale pour écrivains, «Passerelles d’Europe», le festival propose des ateliers de traduction et des rencontres avec et entre écrivains sur la péniche Ange-Gabriel qui fera escale à Liège en provenance directe de la Foire du livre de Francfort. Passages et Passerelles se confondront l’espace de 5 jours en ce lieu en perpétuel mouvance, suspendu entre terre et eau douce, et offriront des moments privilégiés de rencontres littéraires ainsi que de travail de traduction avec élèves du secondaire et étudiants universitaires.

Dans le jargon sportif, l’expression Mixed Zone désigne ce lieu où athlètes et journalistes du monde entier ont l’occasion de se rencontrer en toute liberté et de se parler sans détour, juste après une compétition. C’est exactement ce genre de rencontres spontanées et riches en émotions que le festival littéraire international Mixed Zone veut proposer au public à travers l’organisation de rencontres et d’échanges avec écrivains, traducteurs ou encore éditeurs et libraires, professeurs, étudiants et élèves dans des lieux liégeois directement liés à la culture et à la citoyenneté.

Le festival littéraire international Mixed Zone : Passages se veut porteur des valeurs pluralistes de l’Université de Liège. Il est ainsi un lieu privilégié d’ouverture vers le monde et de croisements des regards. Le choix de l’écrivain français Mathias Énard comme clef de voûte unissant imaginaires et réflexions déployés au fil du festival découle naturellement de la volonté de créer ces espaces d’échanges et de “croisements”.

Mathias Énard est un observateur nomade de son époque, vivant en huit langues (français, espagnol, italien, catalan, arabe, persan, anglais et allemand) sur les frontières mouvantes entre Nord et Sud, Occident et Orient. Sa vision romanesque puise dans les convulsions de notre temps qu’il vit dans la chair et le verbe étant lui-même plongé au cœur des bouleversements qu’il décrit. A travers son œuvre romanesque et poétique (son dernier roman, Boussole, fut lauréat du Prix Goncourt 2015), il livre une vision érudite et infiniment complexe des liens qui se tissent et se défont entre deux mondes aux identités artificiellement construites et opposées. Cette polarité factice, son écriture même la déconstruit en empruntant aux styles et aux genres propres aux littératures hispanique, arabe et persane, dont il s’est fait aussi le traducteur et passeur. Sa réflexion est donc d’ordre tant littéraire et philologique que philosophique, traductologique ou encore sociologique et même politique. Sa réflexion sur identité et altérité, d’une profondeur et d’une érudition rares, pose le socle d’un humanisme qui, loin d’un universalisme eurocentriste, ouvre le champ de construction identitaire par l’intégration de l’altérité et la reconnaissance de ses complexités et de ses convergences. En cela, il incarne parfaitement les valeurs soutenues par l’Université de Liège, ouverte à la création ainsi qu’à la remise en question  permanentes de la relation qu’enseignement et recherche tissent avec l’altérité par la connaissance pointue et par la volonté de se construire grâce à l’autre.

“Passages”: thématique du festival

Boussole de Mathias Énard suit l’itinéraire imaginaire du narrateur Franz Ritter, musicologue viennois, qui renvoie celui-ci vers les villes de son passé, Istanbul, Alep, Téhéran ou Palmyre, témoins du “passage” sans cesse arpenté entre l’Orient et l’Occident. Les auteurs et traducteurs invités au festival Mixed Zone 2017 incarnent aussi ce “passage” incessant entre zones géographiques mouvantes et espaces culturels qui s’interpénètrent. Tous arpentent des territoires imaginaires où altérité et identité se confondent, laissant ainsi émerger une pensée nomade qui se construit et se déconstruit au gré des influences et remises en question.