Écrivains :

Invité d’honneur du Festival Mixed Zone : Mathias Énard

Mathias Énard vit en huit langues sur les frontières mouvantes entre Nord et Sud, Occident et Orient.

Son œuvre, traduite dans toutes les langues représentées par les auteurs et traducteurs invités, s’inscrit parfaitement dans l’esprit de convergences au sein de la diversité cultivé à la Faculté de Philosophie et Lettres de l’Université de Liège. Langues et cultures modernes et anciennes (qu’elles soient germaniques, romanes ou orientales) se conçoivent en effet dans une continuité et un dialogue permanent. Mathias Énard sera aussi professeur en résidence dans le cadre du Bicentenaire de l’Université de Liège. Il animera pour les étudiants de Master un séminaire de traduction. Il donnera une conférence intitulée “Confins et frontières en littérature”, lira des extraits tirés de ses dernières parutions et participera aux tables rondes organisées pendant le festival (rencontre avec ses traducteurs, rencontres entre écrivains).
Voir l’article : Mathias Énard, un écrivain globe-trotteur et polymorphe

© Photo : Marc Melki / Actes Sud

Écrivain d’expression allemande: Sharon Dodua Otoo

Elle écrit en anglais et en allemand, refusant ainsi de cloisonner son imaginaire dans une seule langue.

Sharon Dodua Otoo est née en 1972 de parents originaires d’Accra au Ghana. Elle a grandi à Londres et vit depuis dix ans à Berlin où elle élève seule ses quatre fils. Elle a obtenu en 2016 le prestigieux prix Ingeborg Bachmann pour le texte Herr Göttrup setzt sich hin. Elle écrit en anglais et en allemand, refusant ainsi de cloisonner son imaginaire dans une seule langue, et milite contre la discrimination, tant linguistique que celle déterminée par le genre ou l’origine ethnique.
Voir l’article Das Universum in einem Frühstücksei. Sharon Dodua Otoo

© Photo : 2014 Ralf Steinberger

Écrivaine d’expression néerlandaise : Lieve Joris

« Je ne sais pas qui je serais devenue si je n’avais pas voyagé »

Lieve Joris, née en 1953, compte parmi les écrivains voyageurs néerlandais les plus appréciés et les plus encensés. Née dans la province de Limbourg, elle vit à Amsterdam et mène depuis toujours une existence nomade. Beaucoup de ses livres ont pour cadre le monde arabe, le continent africain, plus particulièrement le Congo, mais dans ses publications récentes, elle s’intéresse aussi à l’Asie. Actuellement, elle prépare un livre sur la région de son enfance. Son œuvre a été couronnée par des prix tant en Belgique qu’aux Pays-Bas et en France. Dans un documentaire qui lui est consacré, Lieve Joris a déclaré : « Je ne sais pas qui je serais devenue si je n’avais pas voyagé ». Les traductions françaises des livres de Lieve Joris paraissent aux éditions Actes Sud.

© Photo : Li Shudi

Écrivain d’expression italienne : Claudio Magris

« C’est le rôle de la culture que de défendre les identités, les différences et les diversités menacées, mais surtout sans les idolâtrer »

Claudio Magris est né en 1939 à Trieste, une ville italienne du Nord-Est située au pied des Alpes dinariques et au bord de la mer Adriatique, une ville-frontière où les peuples italien, germanique et slave se sont toujours croisés au sein de la tradition culturelle de la Mitteleuropa. Tout jeune, Magris se saisit pleinement de cette tradition, en menant des études magistrales qui constituent le noyau de sa recherche de germaniste et d’historien de la culture et de sa quête narrative future en tant que romancier. À ce propos, il suffit de penser à son célèbre essai Le mythe et l’empire dans la littérature autrichienne moderne (1963)  ou encore  Loin d’où ? Joseph Roth et la tradition juive-orientale (1971) ; Trieste : une identité de frontière (1982, avec Angelo Ara) ; L’Anneau de Clarisse. Grand style et nihilisme dans la littérature moderne (1984).  Son ouvrage Danube (1986), traversée entre essai et fiction de la Mitteleuropa, est le point d’ancrage idéal de cet écrivain-voyageur et engagé qui va devenir de plus en plus Magris – de Trois Orients. Récits de voyages (2005) et À l’aveugle (2005) à Classé sans suite (2015) –, pour lequel « c’est le rôle de la culture que de défendre les identités, les différences et les diversités menacées, mais surtout sans les idolâtrer ». Dans le même sillage, il ne faut surtout pas oublier son grand talent de journaliste (Corriere della Sera), très attentif à chaque aspect de cette complexe réalité historique et culturelle qui est la nôtre : Itaca e oltre (1982) ; Utopie et désenchantement (1999) ; La storia non è finita (2006) ; Istantanee (2016).
Voir l’article : Mouvante polyphonie de Claudio Magris. Un passeur européen aux mille voix

Écrivain d’expression espagnole : Rafael Spregelburd

« Son théâtre est hybride, métissé et polémique, une œuvre qui refuse toute mode et étiquette quelles qu’elles soient »

A Buenos Aires – où il est né en 1970 – Rafael Spregelburd a mené jusqu’à aujourd’hui des activités multiples et diversifiées. Il est en effet dramaturge, metteur en scène, producteur et acteur pour le théâtre et le cinéma. Fondateur de la compagnie El Patrón Vázquez, son théâtre est hybride, métissé et polémique, une œuvre qui refuse toute mode et étiquette quelles qu’elles soient. Un théâtre de territoires inconnus qui lui a valu une reconnaissance internationale importante (principalement en Allemagne, en Suisse, en Espagne, en France et en Italie) et de nombreux prix tel que celui de Tirso de Molina (pour La Estupidez) et par deux fois le prix Ubu en Italie (pour Bizarra et pour Lúcido). Le corpus de ses oeuvres dramatiques rassemble une trentaine de textes traduits, publiés, avant d’être représentés dans de prestigieux théâtres mondiaux.
Voir l’article : La Estupidez, de Rafael Spregelburd

© Photo : Sebastian Freire

Écrivaine d’expression japonaise et allemande : Yoko Tawada

« Son œuvre […] ne cesse de confronter ses lecteurs avec ce qu’ils considèrent à tort comme naturel et évident »

Yoko Tawada est née en 1960 à Tokyo. Elle vit depuis 1982  en Allemagne, et depuis 2006 à Berlin. Elle publie des romans, des pièces de théâtre, des poèmes et des essais en japonais et en allemand et a obtenu plusieurs prix littéraires au Japon et en Allemagne, notamment le très prestigieux Kleist-Preis en 2016. Son œuvre littéraire, dont le point de départ est souvent sa propre expérience de passage du monde asiatique au monde européen, ne cesse de confronter ses lecteurs avec ce qu’ils considèrent à tort comme naturel et évident, par exemple lorsque ses protagonistes découvrent en Europe un monde étrange de signifiés qu’ils essaient de décrypter à travers le filtre de la culture asiatique.
Voir l’article : Expérience Tawada, expérience inédite

©Photo : Heike Steinweg

Écrivaine d’expression arabe : Maha Hassan

« Maha Hassan écrivait en fait sur les trois tabous de la société arabe : la politique, le sexe et la religion »

Maha Hassan est une écrivaine et journaliste kurde syrienne née à Alep, auteur de six romans. En 2000, il lui est interdit de publier dans son pays: ses œuvres sont considérées féministes et “moralement condamnables”. Maha Hassan écrivait en fait sur les trois tabous de la société arabe : la politique, le sexe et la religion.
Maha a quitté son pays lors de la répression sanglante de la révolte kurde de 2004 et depuis août 2004 vit à Paris. Human Rights Watch lui a discerné le prix Hellman-Hammett en 2005. Cordon Ombilical (2010) a été sélectionné parmi les six finalistes du prix Booker Arabe. Aujourd’hui Maha Hassan poursuit son activité d’écrivaine militante : dans ses romans elle défend les droits de la femme dans le contexte arabe. » (voir site L’œil de l’exilé)

Écrivain d’expression turque : Hakan Günday

« L‘ « enfant terrible“ de la nouvelle génération d’écrivains en Turquie »

Né en 1976, l’ « enfant terrible » de la nouvelle génération d’écrivains en Turquie explore les zones d’ombre de l’histoire turque, ses contradictions politiques, ses violences et ses élans créatifs fulgurants. Il est l‘auteur de huit romans, dont le dernier, Encore, publié en 2015 chez Galaade, est une plongée noire et suffocante dans le monde des passeurs de réfugiés venus du Proche Orient.

©Photo : Éditions Galaade

Gail Jones

L’auteure australienne Gail Jones, qui avait accepté d’assurer lecture, rencontres et workshop, a malheureusement dû renoncer à sa venue à Liège pour le Festival Mixed Zone, pour raisons familiales graves. Les rencontres et travaux prévus avec elle sont donc malheureusement annulés. Le Comité organisateur tient à lui exprimer sa profonde sympathie et tout son soutien.

Dessinateurs de romans graphiques :

Miroslav Sekulic-Struja

Miroslav Sekulic-Struja est né le 30 août 1976 à Rijeka, en Croatie. Peintre, illustrateur, auteur de bande dessinée, il écrit également des contes, des scénarios, de la poésie. Actes Sud édite, en 2013, le premier tome du dyptique  Pelote dans la fumée, dont le second tome est sorti en 2016. Ces quatre « saisons croates content la vie affreuse, sale et méchante des enfants dans un orphelinat pendant la guerre » (site Actes Sud).

Photo : Miroslav Sekulic-Struja au Prix Littéraire de la Région PACA ©Zoizorare

Traducteurs :

Tout comme lors de la précédente édition du festival Mixed Zone, la traduction occupera une place centrale, et ce, pas uniquement parce qu’elle sera parfois nécessaire pour permettre les échanges entre les auteurs et leurs lecteurs/spectateurs. En effet, certains textes encore inédits en français seront traduits dans le cadre d’ateliers avant et pendant le festival et des rencontres seront organisées entre certains auteurs et leurs traducteurs.

Traducteurs invités : Holger Fock et Sabine Müller (traducteurs de Mathias Énard en allemand; Mathias Énard a lui-même traduit son recueil de nouvelles Proust Fiction en français), Katelijne De Vuyst (traductrice de Serge Delaive en néerlandais).
Voir l’article : Erzähl ihnen von Schlachten, Königen und Übersetzern

Partenaires : HEL, Chambre belge des traducteurs et interprètes

 

Photo : ©Marc Melki-Gallimard et privé

 

 

 

 

Partenariat Euregio

Le festival Mixed Zone 2017 à Liège est non seulement un espace de convergences imaginaires mais aussi un lieu de confluences géographiques au cœur de l’Euregio. Une manifestation d’envergure sera dès lors axée sur des auteurs issus de cette zone de “passage” frontalier à laquelle seront conviés auteurs et traducteurs de Liège, Maastricht et Aix-la-Chapelle : une manifestation trilingue de poésie avec Serge Delaive, Maria Barnas et Christoph Wenzel.

Serge Delaive (B)

Peu d’auteurs francophones conviennent mieux aux thématiques proposées par le festival Mixed Zone pour son édition 2017 que le Liégeois Serge Delaive. L’une des deux thématiques importantes qui traversent toute l’œuvre de ce romancier doublé d’un poète et d’un photographe est le voyage. Le voyage est envisagé dans ses livres sous l’angle de la recherche et de la dispersion de soi à travers l’ouverture totale à l’autre. En outre, ces voyages ne se limitent ni à l’espace francophone ni à l’Europe puisqu’il y est surtout question de l’Amérique Latine (dans les romans Café Europa et Argentine), du Congo (Café Europa), de la Corée (Carnets de Corée, où se jouxtent photographies et textes) ou du Canada (L’Homme sans mémoire). Son dernier opus, Nocéan, voit chaque petit chapitre se passer dans un autre coin du monde et visite ainsi à nouveau l’Argentine et le Canada, mais aussi l’Italie, l’Irlande, la France et les États-Unis… En ce qui concerne l’ouverture à l’espace proche, il faut mentionner son long poème illustré de photographie, Meuse fleuve nord, road-poème lyrique et épique qui suit le cours du fleuve de sa source française à son embouchure néerlandaise. Enfin, dans ses nombreux recueils de poèmes comme dans ses romans apparaissent les doubles de Delaive : le voyageur Lunus et, plus secrètement, un auteur argentin nommé Juan Serrafini, pseudonyme sous lequel Delaive a déjà publié : son ouverture à l’altérité est allée jusqu’à l’emprunt d’une identité autre (bel oxymore), à la fois sud-américaine et multinationale, puisque dans la notice du poète Serafini on peut lire : « Dans ses veines coule du sang italien, espagnol, indien et de l’autre encore ».

Maria Barnas (NL)

Maria Barnas (Pays-Bas, 1973) travaille avec des mots et avec des images. Elle a publié deux romans, quatre recueils de poésie en néerlandais et un recueil anglais, UMBRA, en collaboration avec Viviane Sassen. Son recueil de poésie néerlandais le plus récent, Jaja de oerknal (2013), a été couronné avec le prix Anna Bijns 2014. En janvier 2017 paraîtra Altijd Augustus chez la maison Van Oorschot. Barnas écrit régulièrement des essais pour, parmi d’autres, De Gids, De Groene Amsterdammer et de Volkskrant. Les billets qu’elle a écrits de 2007 à 2010 pour le supplément culturel de NRC Handelsblad sont réunis dans Fantastisch (2010). La pensée transfrontalière, voire nomadique, est fondamentale dans le travail artistique de M. Barnas : elle combine plusieurs disciplines artistiques et n’hésite pas non plus à dépasser les frontières linguistiques.

©Photo : Blommers & Schumm

Christoph Wenzel (D)

Christoph Wenzel compte parmi les poètes les plus féconds de la nouvelle génération en Allemagne. Il a publié plusieurs recueils de poèmes dont zeit aus der karte (2005), tagebrüche (2010), weg vom fenster (2012) et lidschluss (2016). Ses poèmes sont régulièrement repris dans les anthologies de poésie allemande contemporaine et dans des revues prestigieuses telles la Neue Rundschau et Bella triste. En 2014, son travail a été récompensé par le Rolf-Dieter-Brinkmann-Stipendium, l’un des prix les plus prestigieux consacrés à la poésie. Christoph Wenzel, qui est originaire du bassin de la Ruhr, habite depuis longtemps à Aix-la-Chapelle où il a fondé la revue littéraire [SIC] et une maison d’édition éponyme. En tant qu’éditeur, il a établi un dialogue intense et régulier avec des poètes flamands et néerlandais dont on peut suivre les dernières traces dans l’anthologie bilingue Polderpoesie (co-éditée avec Stefan Wieczorek). Les poèmes de Christoph Wenzel explorent, à partir d’un point de vue bien présent,  les territoires d’une enfance vécue dans les années 80, marquée par la Guerre Froide et la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Ils créent ainsi une perméabilité entre hier et aujourd’hui, entre mémoire individuelle et mémoire collective. Loin d’être néoromantique, le poète évoque le fameux concept de « Heimat » pour lui donner un sens nouveau qui inclut le passage et la transgression de frontières prédéfinies.

©Photo : Dirk Skiba